Interview de Me Anthony Bem

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Le 12/10/2011 à 10:15


1/ Comment êtes-vous tombé dans le monde du droit ? Pourquoi ce cursus et pas un autre ?

J’ai fais des études de droit car en réalité je voulais faire des études de Philosophie mais aussi avoir un métier assuré aux termes de mes études autres que devenir professeur de Philosophie et pensais que le droit était la matière universitaire la plus proche.

En réalité, si le droit est a priori éloigné de la philosophie, il n’est pas si éloigné que cela.

Pour preuve, la philosophie du droit est une matière à part entière à la frontière entre les deux domaines.

Le droit est surtout une matière qui touche tous les domaines de l’existence d’une personne (physique ou morale telles que les associations, les sociétés…).

De la naissance, à la vie puis au décès d’une personne le droit est partout et règlemente chacun de ses faits et gestes.

C’est parce que le droit est une matière riche d’enseignement, vaste et nécessaire qu’il s’est imposé pour mon choix d’étude et de carrière.

Enfin, le Droit permet d’accéder à de nombreux emplois différents.

2/ Pouvez-vous nous parler de votre parcours universitaire ? Vous semblez avoir compris tôt l’importance de la diversification des compétences, qu’est-ce que cela vous a apporté dans votre vie professionnelle ?

Après avoir obtenu une Maîtrise de Droit des Affaires à l’Université Paris Sorbonne, mention droit des affaires, j’ai souhaité me spécialiser en droit pénal.

C’est la raison pour laquelle j’ai suivi les cours de l’Institut de Criminologie de Paris et obtenu le Diplôme de Criminologie et de Sciences Criminelles appliquées aux Affaires, en même temps qu’un stage d’un an dans un excellent cabinet d’avocats pénalistes parisiens.
En suite, les juristes ne me considéraient plus que comme un pénaliste et j’ai souhaité éviter les étiquettes.

En effet, je souhaitais traiter des dossiers de droit pénal bien sûr mais aussi de droits des affaires, des contrats, bancaire, assurance, etc …

Des domaines dont mes quatre années de maîtrise et d’expériences professionnelles m’avaient permis d’acquérir quelques compétences.

C’est ainsi que j’ai décidé de réorienter mon cursus vers une formation supérieure à l’international et obtenu les trois troisièmes cycles (« master 2 » aujourd’hui) suivants :
- le Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées de Droit et Pratiques des Affaires Internationales de l’Université de Nice Sofia-Antipolis (Maison de l’Europe à Paris)
- le Diplôme d'études approfondies en droit comparé des Universités Paris Sorbonne - Harvard Law School - Boston (Massachussetts E.U)
- Diplôme d'Etudes Supérieures de Relations des Affaires en Europe de l’Université de Rome La Sapienza

Ainsi, mes longues études de droit (8 ans) m’ont permis commencer le métier d’avocat avec un minimum de compétences nécessaires, une certaine maturité et ouverture d’esprit nécessaires pour embrasser cette profession.

3/ A partir de quand avez-vous saisi l’importance du support internet et quelles ont été les « retombées » pour vous ? Au contraire, est ce que la multiplication des publications juridiques gratuites en ligne ne vous enlève-t-elle pas une partie de votre clientèle ?

J’ai découvert l’importance de l’Internet et plus particulièrement de la réputation sur Internet au travers de mes dossiers d’atteintes aux droits au respect de la vie privée et à l’image.

En effet, dans les années 2000, l’Internet a connu une révolution avec le web dit communautaire, participatif, 2.0.

Les droits précités n’étaient plus violés uniquement dans les médias traditionnels (radio, presse écrite ou TV), ils commençaient à le devenir de manière exponentielle sur l’Internet.

Par ailleurs, la « googlisation systématique et généralisée » est apparue.
L’existence sur Internet est donc devenue fondamentale dans de nombreux secteurs d’activité.

La multiplication des publications juridiques gratuites en ligne n’a aucun impact sur l’importance de la clientèle.

Pour ma part, je suis un avocat contentieux et non de conseil.

Aucune information juridique, qu’elle soit gratuite ou payante, ne remplacera l’assistance ou la représentation d’un avocat.

Cependant, la multiplication des publications juridiques gratuites peut ne pas être que positive car elle peut conduire à des mauvaises informations, que les clients prennent parfois pour le droit positif alors qu’il n’en est rien.

4/ A ce sujet, quels seraient vos conseils à donner aux avocats actuellement en formation pour utiliser astucieusement l’outil internet ?

S’agissant des recherches Internet, rien ne vaut un bon Code à jour.

L’internet ne peut servir à un étudiant en droit pour ses recherches.

L’internet n’est là que pour compléter les recherches de fond dans les manuels de droit ou avoir une idée ou une réflexion.

Les articles rédigés par les avocats sur Internet n’auront jamais vocation à remplacer un cours de droit et les encyclopédies juridiques.

Par ailleurs, l’outil internet est fondamental pour communiquer et se faire connaitre, notamment en publiant son CV sur les réseaux sociaux professionnels ou en rédigeant des articles de droit sur le site Internet des associations étudiantes de Master 2 notamment.

5/ Que vous apporte votre activité d’enseignement ?

J’ai personnellement tester les formations aux étudiants en droit, aux élèves-avocats et aux professionnels.

L’enseignement permet tout d’abord une actualisation obligée de ses propres connaissances et de la jurisprudence.

De plus, l’enseignement oral permet de communiquer son savoir de manière claire et intelligible et donc de préparer son travail d’éloquence et de pédagogie pour les plaidoiries ou les rendez-vous clients.

Enfin, il donne aussi l’occasion de réfléchir sur le droit, l’origine et le pourquoi de la règle juridique.


6/ D’une manière plus générale, en tant qu’avocat fondateur de votre cabinet, quels seraient vos conseils aux jeunes avocats ?

La liste est infinie, chaque jour est pour moi un enseignement à plusieurs égards.

En effet, chaque dossier nous fait découvrir ou redécouvrir le droit et les joies de la procédure, chaque relation client est particulière psychologiquement, chaque procédure a sa propre stratégie, etc …

Le métier d’avocat est d’abord une affaire de juristes passionnés car il conduit à s’adapter en permanence à des situations complexes et difficilement prévisibles, avec le droit comme toile de fond.

Il n’y a pas de conseil en particulier à donner, sauf à prendre du plaisir dans son apprentissage et de considérer que chaque expérience est positive en soi.


7/ Quels seront pour vous, les atouts des avocats de demain ?

Je n’en vois pas plus par rapport à ceux d’aujourd’hui ou d’hier...ils seront des avocats surement plus disponibles à cause/grâce à l’Internet.

Leur formation, de plus en plus longue, garantira certainement de bonnes compétences juridiques.

8/ Comment voyez-vous l’avenir de la profession d’avocat dans une dizaine d’année ?

Avec plus de dossiers, compte tenu de l’inflation législative.

Mais aussi avec plus de concurrence du fait de la fusion ou de l’empiètement de certaines professions avec les compétences réservées aujourd’hui aux avocats.

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Paris, Le 12/10/2011 à 10:22
Intervenant
Doctorant


Inscrit : 08/11/08
Message(s) : 2086 
Concept intéressant que celui de l'interview, merci à Maître Bern.

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« Je persiste et je signe ! »

Étudiant à l'Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

Paris, Le 12/10/2011 à 11:32
Juriste intéressé



Inscrit : 12/10/11
Message(s) : 6 
Avec plaisir, Yn... "juriste d'élite" ?

Explique nous en quoi cela consiste "juriste d'élite" ?

;-)

Paris, Le 12/10/2011 à 12:24
Intervenant
Doctorant


Inscrit : 08/11/08
Message(s) : 2086 
Ce n'est que le site juristudiant qui "classe" les membres du forum en fonction du nombre de messages postés, par exemple :

- de 0 à 50 messages : juriste débutant
- de 50 à 200 : juriste confirmé
- 200 et plus : juriste d'élite
- etc.

Ce n'est en aucun cas lié à mes compétences juridiques, seulement à mon inscription datant de 2008 (l'option pouvait d'ailleurs être désactivée sur l'ancienne version du site).

Par contre, après une lecture plus détaillée, deux points m'ont interpellé :

- Le passage entre droit des affaires et droit pénal est intéressant. Votre cabinet traite donc du droit des affaires et du droit pénal ou uniquement du droit pénal des affaires pour ce dernier volet ?

- Vous semblez opposer les fonctions d'avocat contentieux et d'avocat de conseil. Je ne sais pas si vous faites référence à l'opposition avocat/juriste d'entreprise, mais la frontière est parfois ténue. Par exemple, passant mes étés au sein d'un service juridique dans le secteur bancaire, les activités de conseil et de "contentieux" m'apparaissent liées.

Enfin, je pense qu'il aurait été bon de nous parler du rôle de l'anglais dans votre cursus, notamment s'il a été déterminant dans les formations internationales.

__________________________
« Je persiste et je signe ! »

Étudiant à l'Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne.

Bouches-du-Rhône, Le 12/10/2011 à 16:16
Juriste d'élite
Master 1


Inscrit : 30/03/10
Message(s) : 1210 
Bonjour,

Très intéressant.

Vous avez donc 2 Masters II + 3 diplômes de 3ème cycle + le CAPA ?

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Charte à lire avant de poster.

Pour ceux qui se posent des questions sur les études de droit =).

Magistère Droit des Affaires, Fiscalité, Comptabilité. [Aix-Marseille III].

Paris, Le 12/10/2011 à 16:21
Juriste intéressé



Inscrit : 12/10/11
Message(s) : 6 
Non, 2 Masters II + 2 diplomes de 3ème cycle + le CAPA.

Mais quand on aime on ne compte pas n'est ce pas ?

Paris, Le 12/10/2011 à 16:29
Juriste intéressé



Inscrit : 12/10/11
Message(s) : 6 
A Yn,

Mon cabinet traite notamment des dossiers en droit des affaires, droit pénal et droit pénal des affaires.

Cependant, je ne pense pas qu’il y ait concrètement de cloisonnement possible entre le droit des affaires et le droit pénal des affaires. Les deux me semblent nécessairement complémentaires.

Pour ce qui est du droit pénal, il s’agit d’un droit protéiforme où mon cabinet traite du droit pénal général, des cyberinfractions, du droit pénal de la presse et du droit pénal routier.

Bouches-du-Rhône, Le 12/10/2011 à 17:52
Juriste d'élite
Master 1


Inscrit : 30/03/10
Message(s) : 1210 
Tout à fait, cela ressemble à un parcours sans faute. J'aimerais bien en faire autant (pas au vu du nombre d'années mais au vu de la cohérence).


Pensez-vous qu'il soit plus intéressant, si l'on veut travailler dans le droit des affaires (et plus particulièrement la fiscalité des entreprises) d'effectuer 1 an en école de commerce (type Essec, ESCP, HEC) en MS ou plutôt 1 an à l'étranger (Aix est partenaire avec Hong-Kong notamment et envoie chaque année plusieurs élèves en Chine en DU de droit comparé ; il y a aussi UCL mais c'est moins singulier sur un CV) en LL.M ?

Je n'arrive pas à déterminer ce qui serait le plus profitable dans l'optique : "avocat fiscaliste".

En tout cas merci de nous faire partager votre expérience.

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Pour ceux qui se posent des questions sur les études de droit =).

Magistère Droit des Affaires, Fiscalité, Comptabilité. [Aix-Marseille III].

Paris, Le 12/10/2011 à 18:11
Juriste intéressé



Inscrit : 12/10/11
Message(s) : 6 
Pour déterminer ce qui serait le plus profitable dans l'optique de devenir avocat fiscaliste, je pense qu'il faut prendre en considération le fait qu'il s'agit d'un métier de droit et de chiffres.

Les écoles de commerce seront indispensables pour la fiscalité des entreprises.

Les études à l'étranger serviront certainement pour devenir un bon avocat fiscaliste international.

Pour bien faire, il faudrait être diplomé d'une école de commerce et jouir d'une bonne formation juridique en fiscalité avec une expérience à l'international.

Paris, Le 12/10/2011 à 18:21
Juriste intéressé



Inscrit : 12/10/11
Message(s) : 6 
A Yn (suite)

J'oppose en effet les fonctions d'avocat contentieux et d'avocat de conseils.

Le contentieux judiciaire est une activité à part entière.

Pour preuve, la majorité des avocats qui ont une activité de conseils ne mettent que rarement la robe d'avocat : le jour de leur propre prestation de serment et lors de la prestation de serment de leurs amis ou de membres de leur famille.

Or, les procédures et stratégies judiciaires supposent de disposer d'expérience et de connaissances particulières.

De plus, je considère qu'il n'y a pas de conseils judicieux sans l'expérience du contentieux.

En effet, le bon conseil juridique vise toujours à prévenir les contentieux... à méditer !

Le 29/02/2012 à 09:59
Juriste intéressé


Inscrit : 29/02/12
Message(s) : 1 
Cher Maître,

Vous dites "quand on aime on ne compte pas" ; le fait d'obtenir un DESS et un DEA n'avait'il pas plutôt pour objet d'éviter la note de synthèse et, éventuellement (mais dans une moindre mesure), l'épreuve de cas pratique à l'examen d'entrée à la profession d'avocat ?

Je précise pour les lecteurs que cette parade n'est plus possible (pour éviter les abus ? avoir de meilleurs avocats ?).

Cordialement

Paris, Le 29/02/2012 à 14:31
Juriste intéressé



Inscrit : 12/10/11
Message(s) : 6 
Bonjour Polux, le fait d'obtenir un DESS et un DEA fut un acte volontaire mais uniquement dans la perspective d'une carrière en droit international et à l'international.

Suite à l'obtention d'un DESS de droit et pratiques des affaires internationales qui m'avait donné l'occasion de travailler en langue anglaise le DEA de droit comparé avec un séjour à l'Université de Droit de Harvard était naturel et complémentaire.

Il se trouve que ces deux diplomes m'ont aussi permis de ne passer que le grand oral pour entrer à l'école d'avocat, comme cela était la règle avant 2005.

Pour vous rassurer sur mes qualités de juriste, j'ai eu 16/20 ...

Le 10/03/2012 à 11:27
Juriste intéressé


Inscrit : 01/11/11
Message(s) : 5 
Merci maitre pour ces quelques paroles. :)

Vendée, Le 18/06/2012 à 12:49
Juriste aux dents longues
Master 2


Inscrit : 12/06/12
Message(s) : 58 
Bonjour Me Bem !

Tout d'abord merci pour cet interview très intéressante à lire. J'avais juste une question au sujet du métier d'avocat, dont je ne trouve la réponse que partiellement, et qui m'intrigue tout de même un minimum pour mon futur (Autant demander à quelqu'un du métier tel que vous !)

La voici : Le métier d'avocat est certes très passionnant (c'est ce que je souhaite faire plus tard), mais je ne souhaite à aucun moment de ma vie devoir faire un choix entre vie professionnelle et vie familiale. Ce métier semble prendre du temps, et bien qu'étant passionnant, j'aimerais conserver une vie privée stable et sereine. Que pensez-vous à ce sujet Me ? Et une question qui est liée mais qui va vous paraître stupide j'imagine ! Qu'en est-il des vacances sachant qu'il y a des procès à tenir et qu'il faut y être présent (évidemment), j'ai du mal à saisir cette partie "vacancière" de la profession.

Voilà je pense que vous m'aurez compris, ma question concerne la métier d'avocat, mais aussi et surtout, la vie de famille qui se trouve a coté, son temps à soi...

Merci d'avance !

Le 18/06/2012 à 12:54
Modérateur



Inscrit : 01/11/11
Message(s) : 2480 
Bonjour,
Je suis un peu surprise,c'est le fait d'avoir le cumul DESS et DEA qui vous a permis de ne ne passer que le grand oral? Pour ma part avec un DEA, j'ai dû tout passer. Seule ma maîtrise de carrière judicaire m'a évité un oral en procédure. Il est vrai que c'était en 1987, mais plus proche dans le temps, des étudiants à moi avec DEA aussi et avant 2005 ont passé toutes les épreuves pour rentrer au CFRPA.

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